Florent Marcie, reporter en conflit permanent - Ouest France

Florent Marcie, reporter en conflit permanent

Normandie  - 24 Février

Recueilli par Raphaël FRESNAIS.

Réalisateur, Florent Marcie suit à sa manière, les fronts chauds de la planète. Le Mémorial de Caen l'invite à présenter un film original sur l'Afghanistan et à débattre sur les conflits contemporains.

Entretien
Florent Marcie, documentariste de guerre.

Parlez-nous de « Saïa », ce documentaire tourné sur la ligne de front afghane...

Je suis parti sur cette ligne en 2000 avec une patrouille. Un soir de pleine lune, avec des paysages magnifiques et une lumière incroyable. On était à 200 m des Talibans. Les insultes fusaient. J'ai réussi à capter à la caméra une image incroyable, avec un grain très fort. Un ballet nocturne proche de l'abstraction. Il y a une scène d'accrochage. Je me suis fait chasser quand un grand général a appris que j'étais là. Le Français a une valeur marchande. Ce film a été projeté au MoMA (New York) deux mois avant les attentats de 2001. Il est sorti un peu en salles, trois semaines après le 11 septembre.

Vous vous définissez comme un fabriquant de mémoire ?

Tout ce qu'on tourne aujourd'hui sera la mémoire de demain, même si on ne sait pas comment elle sera utilisée. Je travaille aussi sur un livre, Autopsia, une réflexion sur la façon dont on se représente le monde. À la fin des années 90, on était peu en Afghanistan. Chaque info qui sortait dépendait du fait qu'un journaliste étranger soit présent. Plein de choses passent à la trappe.

69 journalistes ont été tués en 2014, 13 déjà en 2015 : ne craignez-vous pas d'être le prochain sur la liste ?

On ne réfléchit pas du tout à ça (son ton se durcit). C'est risqué aussi pour les gens avec qui on est. Des risques, bien sûr, on en prend. Ça se voit à l'image. C'est comme un pilote de F1, ça fait partie du job. En Libye, typiquement, j'étais au coeur des combats, en première ligne, avec le sentiment de faire partie d'une équipe de choc. Le danger n'est pas toujours devant nous. Des combattants complètement inexpérimentés peuvent vous tirer dans le dos. Beaucoup de gens sont tués par erreur.

N'avez-vous jamais peur ?

Il faut de la chance. Quand on décide d'un film, c'est l'improvisation totale. Des gens sont touchés à côté de vous, des balles tapent au-dessus de votre tête, sifflent à côté. Mais personne ne m'envoie là-bas. C'est moi qui décide de vivre un moment de l'Histoire. Même si c'est un peu le far-west, avec des situations chaotiques où il n'y a plus grande règle, c'est un peu comme la prise de la Bastille. On touche du doigt quelque chose d'exceptionnel. L'enjeu de mes films, ce sont les valeurs qu'on défend ?

Vous couvrez nombre de conflits, comment voyez-vous la suite ?

Les camps de concentration ont montré que tout est possible. Les événements de janvier font un peu penser au 11 septembre 2001. Pendant trois semaines, les gens se demandaient si ce n'était pas la 3e Guerre mondiale. Trois mois plus tard, c'était Noël. Ces attentats sont une opportunité pour retrouver des repères, mais saisira-t-on l'occasion ? On parle de mondialisation, il ne faut pas être surpris que les événements surgissent en bas de chez soi. Quand on voit que trois personnes sont capables de changer le destin d'un pays...

Jeudi 26 février, 19 h, Mémorial de Caen : « Indomptable Afghanistan » avec Adrien Jaulmes et Florent Marcie, conférence Warm sur les conflits contemporains. Entrée libre.